La plupart des indépendants attendent trop longtemps avant de relancer, parce qu'ils croient réclamer une faveur. Ils appliquent en réalité un contrat, et la loi belge leur donne bien plus de droits qu'ils ne le pensent.
Première chose à vérifier : ce que dit votre facture. Si elle ne précise aucun délai, le délai légal est de 30 jours à compter de la réception de la facture ou des marchandises. C'est le régime par défaut, il s'applique sans que vous ayez rien à faire.
Si votre facture ou vos conditions générales prévoient un délai, il s'applique, mais il ne peut pas dépasser 60 jours entre entreprises. Une clause qui prévoit 90 jours n'est pas valable, même si votre client l'a signée. Le plafond de 60 jours vaut depuis le 1er février 2022.
Un gros client qui vous impose 90 jours de délai vous impose quelque chose que la loi ne permet pas. Vous n'avez pas à l'accepter, et vous n'avez pas non plus besoin de son accord pour appliquer le délai légal.
C'est le point que presque personne ne connaît, et c'est celui qui change tout dans une relance. Passé l'échéance, les intérêts de retard sont dus de plein droit. Pas besoin de mise en demeure, pas besoin de recommandé, pas besoin d'avoir prévenu.
Autrement dit, le compteur tourne depuis le lendemain de l'échéance, que vous ayez relancé ou non. Votre relance ne crée pas la dette d'intérêts, elle la rappelle.
Le taux applicable est fixé par semestre et publié au Moniteur belge. Vérifiez toujours le taux en vigueur au moment où vous facturez les intérêts plutôt que de reprendre un chiffre trouvé dans un vieil article.
En plus des intérêts, la loi vous donne droit à une indemnité forfaitaire de 40 euros par facture impayée, destinée à couvrir vos frais de recouvrement. Elle est due de plein droit, elle aussi, sans formalité.
Et si vos frais réels dépassent ce forfait, vous pouvez réclamer une indemnisation raisonnable du surplus : honoraires d'avocat, frais de société de recouvrement. Le forfait de 40 euros est un plancher, pas un plafond.
Vous ne demandez pas une faveur quand vous relancez. Vous appliquez le contrat.
Tout ce qui précède vaut entre entreprises. Si votre client est un consommateur, un autre régime s'applique depuis le 1er septembre 2023, avec le livre XIX du Code de droit économique. Il est nettement plus protecteur, et le méconnaître expose à des sanctions.
Beaucoup d'indépendants de terrain facturent à la fois des entreprises et des particuliers, et appliquent la même relance aux deux. Réclamer 40 euros à un particulier dès le premier rappel est irrégulier. Il faut deux séquences de relance distinctes.
Attendre. C'est de loin la plus fréquente et la plus chère. Un impayé relancé à trois mois se récupère beaucoup moins souvent qu'un impayé relancé à dix jours, et pas parce que la loi change : parce que la trésorerie du client, elle, a changé.
Relancer par téléphone uniquement. Un appel ne laisse aucune trace. Si le dossier devient contentieux, vous n'avez rien à produire. Relancez par écrit, quitte à appeler ensuite.
Ne pas facturer les intérêts par gêne commerciale. Vous pouvez toujours y renoncer dans un second temps, en geste commercial. L'inverse n'est pas vrai : un droit qu'on n'a jamais mentionné devient très difficile à faire valoir plus tard.
Une séquence de relance écrite, aux mêmes échéances pour tout le monde, appliquée sans exception. Ce n'est pas la fermeté qui fâche les clients, c'est l'inconstance : relancer l'un et pas l'autre, à des moments différents, envoie le signal qu'on peut négocier le délai.
Cet article donne une information générale et ne constitue ni un avis juridique ni un conseil fiscal. Pour votre situation particulière, votre comptable ou un juriste reste le bon interlocuteur.
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